Un souffle gémit sur la terre
Comme le soupir de mon cœur,
Et dans l’espace solitaire
Prolonge sa tiède Langueur.

J’ai peur de la nuit qu’il annonce,
J’ai peur de tout ce qui s’éteint,
Je n’attends plus une réponse
Ni de la nuit ni du destin...

Oh! n’achevons jamais cette heure
Où je rêve ce que je vois ;
Je ne veux pas que le jour meure
Comme une chute de ma voix ;

Je ne veux pas que le jour vive
Comme un appel de l’avenir,
Et mon âme contemplative
Ne veut ni vivre ni mourir !

Toi qui cherches une autre aurore,
Pleure celles qui ne sont plus ;
Lève au ciel qui se décolore
Tes yeux profonds et tes bras nus ;

Toi qui cherches une autre aurore
Comme le soleil consumé,
Ne m’abandonne pas encore,
J’ai besoin d’être encore aimé !

La mer médite et se balance
Et ne semble pas remuer :
Vers toi, mes désirs, — ô silence !
Comme elle, veulent refluer...

... Il me semble que tes pensées
Offrent la même floraison
Que ces lumières effacées
De la terre et de l’horizon ;

Il me semble que cette plage
Offre tes traits musiciens,

Et je retrouve en ton visage
Les yeux méditerranéens…

Oh ! si je pouvais dans l’espace
Arrêter l’esprit qui se meurt
Et retenir le temps qui passe
Comme un nuage de mon cœur ;

Si je pouvais, ô ma chère âme,
En éternisant le soir pur,
Ajouter à ton nom de femme
Le nom de sœur du clair-obscur !

Un sourire comme une larme
A fait sur le mystère humain
Négligemment tomber un charme
De son calice élyséen.

L’air est si vague que tu penses
Respirer au fond d’une fleur
Dont les odeurs sont les nuances
De notre douloureux bonheur.

Oh ! j’ai peur de la destinée
Et des abîmes de la nuit…
Las de cette vaine journée
Comme de tout ce qui s’enfuit,

Je cherche la mélancolie
Dans le crépuscule du jour ;
Je cherche l’oubli de la vie
Dans la tristesse de l’amour !