
J'ai vécu bien longtemps pauvre, mais sans orgueil,
Dans un humble réduit dont je chéris le seuil;
Hélas! je dus un jour quitter ma solitude ;
Il me fallait du pain !... la dure servitude
M'en offrait, j'acceptai; mais, dieu, qu'il est amer!
Il faut, pour l'obtenir, traîner un joug de fer...
Et quand mon cœur blessé pousse un cri de détresse,
Que j'élève la voix dans un chant de tristesse
On se parle tout bas; on commente et l'on dit :
« Elle est folle, orgueilleuse, et veut jouer l'esprit! »
Quand ou vous le dira, réponde/. : «. Je l'ai vue;
Son désir est de vivre ignorée, inconnue;
C'est une fantaisie étrange du destin
D'avoir, près d'un fuseau, mis un luth dans sa main;
Quand d'en tirer des sons la douleur l'eut forcée,
L'on a crié tout haut qu'elle était insensée ;
Non ; elle est malheureuse, et son chant, comme un pleur,
Monte, avec un sanglot, des plis cachés du cœur ;
Nul ne connaît son mal et nul ne la console ;
Elle est bien triste, hélas! mais elle n'est pas folle...
Tous leur direz encor : « Son Dieu la fit ainsi ;
Ne la méprisez pas !... » Vous le direz ; merci ! !...
