Jean Genet - Le condamné a mort (extrait)

Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours
Un ange qui sanglote accroché dans un arbre,
La colonne d'azur qu'entortille le marbre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.

Un pauvre oiseau qui meurt et le goût de la cendre
Le souvenir d'un œil endormi sur le mur,
Et ce poing douloureux qui menace l'azur
Font au creux de ma main ton visage descendre.

Ce visage plus dur et plus léger qu'un masque
Est plus lourd à ma main qu'au doigts du receleur
Le joyau qu'il empoche ; il est noyé de pleurs.
il est sombre et féroce, un bosquet vert le casque.

Ton visage est sévère : il est d'un pâtre grec
Il reste frémissant au creux de mes mains closes....

...

Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu'une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,
Laisse tes dent poser leur sourire de loup.

O viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte moi ta main.
Mène moi loin d'ici battre notre campagne.

...

Pardonnez moi mon Dieu parce que j'ai péché!
Les larmes de ma voix, ma fièvre, ma souffrance,
Le mal de m'envoler du beau pays de France,
N'est-ce assez mon seigneur pour aller me couche
Trébuchant d'espérance.

...

Je demande à la mort la paix, les longs sommeils,
Le chant des séraphins, leurs parfums, leur guirlandes,
Les angelots de laine en chaudes houppelandes
Et j'espère des nuit sans lunes ni soleil
Sur d'immobiles landes.

...

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