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Poésies

Élegie

Belise, je sçay bien que le ciel favorable,
a joint à vos beautez un esprit adorable,
qui ne sçauroit loger au monde dignement,
que dans un si beau corps, ou dans le firmament.
Je sçay que la nature, et les dieux avec elle,
ne font plus rien de beau que sr vostre modelle,
et qu' ils se prisent moins d' avoir basty les cieux,
que d' avoir achevé l' ouvrage de vos yeux.
Car, enfin, je l' avouë, et dedans ma colere,
malgré-moy je le dis, sans dessein de vous plaire,
le soleil qui voit tout, dessus et dessous l' air,
ne voit point de beauté qui vous puisse égaler,
et n' en verra jamais, quoy qu' il tourne le monde,
et que souvent soy-mesme il se mire dans l' onde.
L' amour n' a rien de beau ; d' attrayant, ni de doux,
point de traits, ni de feux, qu' il n' emprunte de vous.
Vos charmes dompteroient l' ame la plus farouche,
les graces, et les ris parlent par vostre bouche,
et quoy que vous fassiez, les jeux, et les appas,
marchent à vostre suite, et naissent sous vos pas.
Toutes vos actions meritent qu' on vous ayme,
et mille fois le jour, sans y penser vous mesme,
vos gestes, vos regars, vos ris, et vos discours,
font mourir mille amans, et naistre mille amours.
Mais dans ce bel amas de graces sans pareilles,
ce tableau racourcy de toutes les merveilles,
je voy beaucoup de manque, et d' inégalitez,
et d' aussi grands defauts, que de grandes beautez.
La nature amoureuse, en vous mettant au monde,
s' efforça de vous faire icy bas sans seconde,
et prodigue, employa ses plus riches tresors,
à vous former les traits de l' esprit et du corps.
Mais lassé sur la fin d' un si penible ouvrage,
elle vous a mal fait l' humeur et le courage.
Ces deux manquent en vous, et ternissent le teint
des plus vives couleurs, dont elle vous a peint.
Ils en ostent l' éclat, et laissent une tare
au plus riche ornement dont la terre se pare ;
car avec un défaut si digne de mespris,
vostre beauté s' efface, et ravale de prix ;
vos yeux, ni vos attraits, n' ont plus rien d' estimable,
et parmy tant d' amours, vous n' estes point aymable.
Pardonnez-moy, Belise, et souffrez doucement,
que libre desormais je parle franchement ;
cette unique beauté dont vous estes ornée,
n' aura jamais pouvoir sur une ame bien née,
vostre empire est trop rude, et ne sçauroit durer,
ou s' il s' en trouve encor qui puissent l' endurer,
avec tant de mespris, et tant d' ingratitude,
ce sont des coeurs mal-faits, nez à la servitude,
ou de mauvais esprits, qui des cieux en courroux
ont eu pour chastiment d' estre amoureux de vous.
De loüange, et d' honneur, vainement affamée,
vous ne pouvez aymer, et voulez estre aymée,
et vostre coeur altier croit mettre entre les dieux
ceux qu' il souffre mourir en adorant vos yeux.
Que si quelqu' un, poussé de son mauvais genie,
tombe dessous le joug de vostre tyrannie,
il faut qu' il se haïsse, et que dés ce moment,
il devienne ennemy de son contentement.
Car vous ne croiriez pas, (tant vous est' inhumaine)
qu' il ait beaucoup d' amour, s' il n' a beaucoup de peine.
Vous voulez qu' il soit pasle, et que plein de langueur,
il s' afflige sans cesse, et se ronge le coeur ;
que l' ombre d' un soupçon luy donne cent allarmes,
que vos moindres despits le fassent fondre en larmes,
qu' il soit hors de propos, desfiant et jaloux,
jamais content de luy, jamais content de vous,
qu' il souspire tousjours, et vous nomme cruelle ;
lors vous estes contente, et croyez estre belle,
et vostre cruauté parmy tant de tourmens,
se baigne dans les pleurs, que versent vos amans.
Que si par fois d' amour vostre ame est allumée,
c' est un feu passager qui se tourne en fumée,
pareil à ces brandons qui bruslent une nuit,
errans à la faveur du vent qui les conduit,
qui luisent pour nous perdre, et si l' on ne s' en garde,
conduisent à la mort quiconque les regarde.
Vous bruslez de la sorte, et sans sçavoir comment,
vos plus chaudes amours ne durent qu' un moment.
Vous ne sçavez que c' est d' une flamme constante,
toute chose vous plaist, et rien ne vous contente,
et vostre esprit flottant entre cent passions,
a beaucoup de desseins, et peu d' affections.
Plus leger que le vent qui porte les tempestes,
il change tous les jours de nouvelles conquestes,
et n' estimant jamais ce qu' il peut posseder,
il gagne toute chose, et ne peut rien garder.
Car vostre vaine humeur, apres une victoire,
en mesprise le fruit, et n' en veut que la gloire,
et de tant d' amitiez faites diversement,
n' en ayme que la fin, et le commencement.
D' un amant qui vous vient, vous aymez les aproches,
d' un autre qui s' en va, les cris, et les reproches,
la nouveauté vous plaist, et ne se passe jour
que vous ne fassiez naistre ou mourir quelque amour.
Vous estes sans arrest, foible, vaine, et legere,
inconstante, bizarre, ingratte, et mensongere,
pleine de trahisons, sans ame, et sans pitié,
capable de tout faire, horsmis une amitié.
Celle que vous m' aviez par tant de fois jurée,
qui devoit surpasser les siecles en durée,
et ne se dementir qu' avec le firmament,
si belle, et si parfaite en son commencement,
et dont la belle flamme icy bas sans seconde,
devoit durer encor apres celle du monde,
à la fin s' est esteinte, et contre vostre foy,
vous en favorisez un moins digne que moy.
Regardez-vous, Belise, et parmy tant de graces,
ne souffrez plus en vous des qualitez si basses,
et sur tant de vertus, et de perfections,
relevez vostre coeur, et vos affections.
Ne laissez rien en vous capable de desplaire,
faites-vous toute belle, et taschez de parfaire
l' ouvrage que les dieux ont si fort avancé,
et vous seule, achevez ce qu' ils ont commencé.



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élégie.


Belle Philis, adorable merveille,
puisque mon coeur, malgré-moy, me conseille
de me remettre encor dans les tourmens,
dont vos rigueurs affligent vos amans,
je le veux croire, et suivre le genie
qui me r' engage en vostre tyrannie,
et m' embarquer dessus la mesme mer,
où j' ay pensé tant de fois abysmer.
Le mesme jour que vostre coeur de roche,
blessa le mien d' un injuste reproche,
et qu' un soupçon par vous vainement pris ;
me fit connoistre à plein vostre mespris ;
je fis dessein d' estouffer en mon ame
tous les pensers qui nourrissoient ma flame,
et d' arracher, au fort de mon courroux,
ce que j' avois de passion pour vous ;
et si je puis le redire sans crime,
avec l' amour oster encor l' estime.
Vous n' eustes plus pour moy, dans ce moment,
tous les attraits qui m' alloient enflamant,
de vos beaux yeux les rayons s' éclipserent,
et tout à coup vos graces vous laisserent,
je ne vis plus vostre extréme beauté,
et ne vis rien que vostre cruauté.
J' eus honte alors de vostre ingratitude,
de ma foiblesse, et de ma servitude,
et des ennuis indignement souffers,
depuis qu' amour me tenoit dans vos fers.
Dans cét instant je vis dans ma pensée
tous les mespris que mon ame offensée,
humble, captive, et sans ressentiment,
avoit receus de vous trop laschement.
Il me souvint de toutes vos rudesses,
de tous mes maux, de toutes mes tristesses,
de tant de pleurs vainement espandus,
tant de souspirs de vous mal-entendus,
tant de dépits, et de mortelles craintes,
tant de regrets, et d' amoureuses plaintes,
de desespoirs, de langueurs, et d' ennuis,
de tristes jours, et de fascheuses nuits ;
sans que jamais j' eusse pû dans vostre ame,
voir seulement un rayon de ma flame ;
ni vous reduire à montrer par pitié
un trait d' amour, ni mesme d' amitié.
Lors ma raison promptement r' appelée,
(qui loin de moy se tenoit exilée
depuis qu' amour m' avoit mis sous sa loy,)
osa paroistre, et se montrer à moy.
En arrivant elle esteignit la flame
d' ire, et d' amour, qui brusloit dans mon ame,
rendit la veuë à mon entendement,
et luy permit de juger sainement,
en la voyant tous mes desirs s' enfuïrent,
mes sentimens à ses loix n' obeïrent,
et dés long-temps mon courage irrité,
s' arma pour elle, et cria liberté.
Tout fut reduit en son obeïssance,
et mon amour redoutant sa puissance,
et perdant lors le tiltre de vainqueur,
se retira dans le fond de mon coeur.
Plein d' une joye, et d' un repos extresme,
il me sembla n' estre plus qu' à moy-mesme,
maistre absolu de mes affections,
je creus avoir dompté mes passions,
et fus un temps (vaine et foible victoire)
sans vous aymer, ou du moins sans le croire :
n' aspirant plus qu' aux solides plaisirs,
j' avois reglé ma crainte, et mes desirs,
je n' avois plus de fascheuses pensées,
je me riois de mes erreurs passées,
et m' estonnant de mon aveuglement,
ne pensois plus qu' à vivre heureusement.
Ainsi, Philis, mon ame revoltée,
creut pour jamais estre desenchantée,
et mon courage avecque ma raison,
rompit ma chaisne, et força ma prison.
Mais je fis pis, et commis une offense,
digne qu' amour en ait pris la vengeance,
et qu' à jamais un triste souvenir
me la reproche, et m' en sçache punir.
M' estant sauvé du plus rude servage,
qui tint jamais un genereux courage,
je m' estimois le premier des humains,
d' avoir remis ma franchise en mes mains ;
quand la frayeur de retomber aux vostres,
me fit resoudre à me jetter en d' autres,
et me ranger sous l' empire plus doux,
d' une qui sceust me garder contre vous.
Mon ame estant dans le choix balancée,
la belle Iris me vint en la pensée,
la belle Iris, dont la grace et les yeux
ont sceu charmer les hommes et les dieux ;
Iris, l' amour de la terre et de l' onde,
si vos beautez ne luisoient point au monde,
et qui sembloit m' asseurer doucement,
par ses regards, d' un meilleur traittement.
Je me fis donc esclave volontaire,
et pris deslors plus de soin de luy plaire,
j' ay souspiré, j' ay prié, j' ay pressé,
je me feignis languissant et blessé ;
je luy juray que je mourois pour elle,
et que jamais un amant plus fidelle,
plus enflammé, ni plus constant que moy,
ne se verroit souspirer sous sa loy.
Puis, je loüois en elle toutes choses,
son teint de lys, et sa bouche de roses,
son coeur de reyne, et sa grande bonté ;
mais dessus tout, je loüois sa beauté,
et la faisois si brillante et si belle,
qu' elle effaçoit toute chose auprés d' elle.
Les diamans, les perles, et les fleurs,
les plus beaux jours, les plus vives couleurs,
le teint du ciel au lever de l' aurore,
l' aurore mesme, et le soleil encore,
lors que plus clair il paroist dans les cieux ;
mais je me teus de vous et de vos yeux,
et retenu par un respect extréme,
ma bouche, au moins, ne fit point de blasphéme.
Enfin, je fus escouté doucement,
et sans dispute avoüé pour amant.
Quittant pour moy sa fierté naturelle,
la belle Iris ne me fut point cruelle,
elle approuva mes desirs et mes feux,
elle receut mon amour et mes voeux,
et me fit voir toutes les apparences
dont les amans forment leurs esperances.
J' avouë aussi qu' un si doux traittement,
fit naistre en moy quelque ressentiment,
non pas d' amour ; car mon ame parjure,
ne pût jamais vous faire cette injure ;
mais d' amitié si sensible, qu' un jour
je pensois bien la changer en amour.
Je m' efforçois de découvrir en elle
les mesmes traits qui vous rendent si belle,
cette douceur, et ces divins appas,
dont vous donnez la vie et le trespas,
de vos beautez la grace incomparable,
de vostre esprit la grandeur admirable,
cét entretien si charmant et si doux ;
mais tout cela ne se trouve qu' en vous.
Je voyois bien qu' elle estoit animée
d' une beauté capable d' estre aymée ;
je remarquois en elle cent attraits,
mais nullement ces flames et ces traits,
ces traits mortels, et ces divines flames
dont vos beaux yeux frappent toutes les ames.
Combien de fois, admirant vos beautez,
ou vostre grace, ou les vives clartez
de vostre esprit, ay-je dit en moy-mesme,
ha ! Que Philis est digne que l' on l' ayme,
et que le sort me traite rudement,
de m' empescher de mourir en l' aymant !
Mais cependant, je sentois en mon ame
l' effect caché d' une secrette flamme,
qui se glissoit jusques dedans mes os,
troubloit ma vie, et m' ostoit le repos ;
j' estois par tout resveur, et solitaire,
et quoy qu' Iris pitoyable pût faire,
pour adoucir ma peine, et mon tourment,
je n' en sentois aucun soulagement.
Je n' estois plus si content aupres d' elle,
je commençois à la trouver moins belle,
et souspirant sans connoistre pourquoy,
n' estois content ni d' elle, ni de moy,
souffrois tousjours, et mon ame inquiete,
ne trouvoit rien pour estre satisfaite ;
mais, à la fin, ma douleur s' augmentant,
je vis le mal qui m' alloit tourmentant,
je reconnus, apres beaucoup de peines,
le feu vainqueur qui brusloit en mes veines,
l' amour caché dés long-temps en mon coeur,
avoit repris sa premiere vigueur ;
dans vos beaux yeux il se forgea des armes,
sur vostre bouche il prit de nouveaux charmes,
sur vostre bouche où se trouvent tousjours
les ris, les jeux, les graces, les amours,
et se formant des traits à son usage ;
de tous les traits de vostre beau visage,
armé d' esclairs, et de foudres puissans,
il r' engagea premierement mes sens,
et poursuivant plus outre sa victoire,
avec mes sens, il me prit ma memoire,
et surmontant ma foible volonté,
vit mon esprit entierement dompté.
Lors tout à coup je revis en moy-mesme,
le repentir, et la peur au teint blesme,
les prompts souhaits, les violens desirs,
la fausse joye, et les vains desplaisirs,
les tristes soins, et les inquietudes,
les longs regrets, amis des solitudes,
les doux espoirs, les bizarres pensers,
les courts dépits, et les souspirs legers,
les desespoirs, les vaines défiances,
et les langueurs, et les impatiences,
et tous les biens et les maux que l' amour
tient d' ordinaire attachez à sa cour.
Ainsi, Philis, mon ame fut reprise,
ainsi deux fois je perdis ma franchise,
et, par mal-heur, tous les soins que j' ay pris,
pour me sousmettre à l' empire d' Iris,
et l' asseurer de mon amour fidelle,
n' ont rien servy qu' à me faire aymer d' elle,
et je me vis, par un sort rigoureux,
en mesme temps ingrat et mal-heureux.
Ayant à part mes douleurs et mes peines,
il faut encor que je sente les siennes,
et que mon coeur sensible à la pitié,
ayt tous les maux d' amour et d' amitié.
Mais vous, pour qui je suis en ces allarmes,
vous, qui pouvez tout faire par vos charmes,
apres m' avoir causé tant de mal-heurs,
et fait verser tant d' inutiles pleurs ;
rendez, enfin, mes plaintes terminées,
belle Philis, changez mes destinées,
et permettez qu' apres tant de tourment,
je puisse vivre heureux en vous aymant.
Que si pourtant il vous plaist que je meure,
sans jamais voir ma fortune meilleure,
je vous l' accorde, et ne demande pas
que vos bontez different mon trespas.
Mais seulement qu' une mort plus humaine
tranche mes jours, et finisse ma peine ;
que ce ne soient vos injustes mespris,
ni le regret d' avoir trop entrepris,
ni le dépit de vous avoir servie,
ni vos rigueurs qui m' arrachent la vie ;
mais qu' en repos, j' abandonne le jour,
reduit en cendre, et consumé d' amour.

WebMaistre : Catelin Michel


lyres@chez.com

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