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Stances




Stances escrites sur des tablettes.
Voicy mon amour sur la touche,
jugez s' il marque nettement,
et si sa pointe se rebouche,
dans la peine et dans le tourment ;
mais en l' estat où je me treuve,
qu' est-il besoin de cette preuve,
pour vous montrer que ma langueur
et que ma constance est extreme ?
Ne le sçavez-vous pas vous-mesme
si vous m' avez touché le coeur ?
Je croirois avoir trop d' amour,
et de vous estre trop fidelle,
si vous n' estiez qu' un peu plus belle,
que l' astre qui donne le jour ;
mais puisque le reste du monde,
n' a rien de beau qui vous seconde ;
et que tout cede au dieu vainqueur
que vostre bel oeil emprisonne,
il ne faut pas que je m' estonne
si vous m' avez touché le coeur.
Vous ne sçauriez douter de moy,
ni de la peine que j' endure,
pour servir une ame trop dure,
car la touche vous en fait foy ;
sans estre donc plus recherchée,
souffrez aussi d' estre touchée,
et despoüillez cette rigueur,
qui rend vostre beauté farouche ;
je vous puis bien toucher la bouche,
si vous m' avez touché le coeur.


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Stances escrites de la main gauche, sur un feüillet des
mesmes tablettes, qui regardoit un miroir mis au
dedans de la couverture.
Quand je me plaindrois nuit et jour
de la cruauté de mes peines,
et quand du pur sang de mes veines
je vous escrirois mon amour.
Si vous ne voyez à l' instant,
le bel objet qui l' a fait naistre,
vous ne le pourrez reconnoistre,
ni croire que je souffre tant.
En vos yeux, mieux qu' en mes escris,
vous verrez l' ardeur de mon ame,
et les rayons de cette flame
dont pour vous je me trouve espris.
Vos beautez vous le feront voir,
bien mieux que je ne le puis dire ;
et vous ne le sçauriez bien lire,
que dans la glace d' un miroir.


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Stances.


Ce soir, que vous ayant seulette rencontrée,
pour guerir mon esprit et le remettre en paix :
j' eus de vous, sans effort, belle et divine Astrée,
la premiere faveur que j' en receus jamais.
Que d' attraits, que d' appas vous rendoient adorable !
Que de traits, que de feux me vinrent enflamer !
Je ne verray jamais rien qui soit tant aymable,
ni vous rien desormais qui puisse tant aymer.
Les charmes que l' amour en vos beautez recelle,
estoient plus que jamais puissans et dangereux ;
ô dieux ! Qu' en ce moment mes yeux vous virent belle,
et que vos yeux aussi me virent amoureux !
La rose ne luit point d' une grace pareille,
lors que pleine d' amour elle rit au soleil,
et l' orient n' a pas, quand l' aube se réveille,
la face si brillante, et le teint si vermeil.
Cét objet qui pouvoit esmouvoir une souche,
jettant par tant d' appas le feu dans mon esprit,
me fit prendre un baiser sur vostre belle bouche,
mais las ! Ce fut plustost le baiser qui me prit.
Car il brusle en mes os, et va de veine en veine,
portant le feu vengeur qui me va consumant,
jamais rien ne m' a fait endurer tant de peine,
ni causé dans mon coeur tant de contentement.
Mon ame sur ma lévre estoit lors toute entiere,
pour savourer le miel qui sur la vostre estoit ;
mais en me retirant, elle resta derriere,
tant de ce doux plaisir l' amorce l' arrestoit.
S' esgarant de ma bouche, elle entra dans la vostre,
yvre de ce nectar qui charmoit ma raison,
et sans doute, elle prit une porte pour l' autre,
et ne luy souvint plus quelle estoit sa maison.
Mes pleurs n' ont pû depuis fléchir cette infidelle,
à quitter un sejour qu' elle trouva si doux :
et je suis en langueur sans repos, et sans elle,
et sans moy-mesme aussi, lors que je suis sans vous.
Elle ne peut laisser ce lieu tant desirable,
ce beau temple où l' Amour est de nous adoré,
pour entrer derechef en l' enfer miserable,
où le ciel a voulu qu' elle ait tant enduré.
Mais vous, de ses desirs unique et belle reyne,
où cette ame se plaist comme en son paradis,
faites qu' elle retourne, et que je la reprenne
sur ces mesmes oeillets, où lors je la perdis.
Je confesse ma faute, au lieu de la défendre,
et triste et repentant d' avoir trop entrepris,
le baiser que je pris, je suis prest de le rendre,
et me rendez aussi ce que vous m' avez pris.
Mais non, puis-que ce dieu dont l' amorce m' enflame,
veut bien que vous l' ayez, ne me la rendez point ;
mais souffrez que mon corps se rejoigne à mon ame,
et ne separez pas ce que nature a joint.


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Stances sur le mesme sujet des precedentes.
Lors qu' avecque deux mots que vous daignastes dire,
vous sceustes arrester mes peines pour jamais,
et qu' apres m' avoir fait endurer le martyre,
vous m' ouvristes les cieux, et me mistes en paix.
Mille attraits, dont encor le souvenir me touche,
couvrirent à mes yeux vostre extréme rigueur,
tous les charmes d' amour furent sur vostre bouche,
et tous ses traits aussi passerent en mon coeur.
Vous pristes tout à coup une beauté nouvelle,
toute pleine d' éclat, de rayons, et de feux ;
bons dieux ! Hà que ce soir mes yeux vous virent belle,
et que vos yeux ce soir me virent amoureux !
Le pasteur qui jugea les trois deesses nuës,
ne vit point à la fois tant de charmes secrets,
de divines beautez, de graces inconnuës,
que j' en vis éclatter en vos moindres attraits.
Je croy qu' en ce moment la reyne de Cythere,
sans pas un de ses fils se trouva dans les cieux,
et que tous les amours abandonnant leur mere,
estoient dedans mon ame, ou bien dedans vos yeux.
Ils brilloient dans vos yeux, et brusloient dans mon ame,
perçant d' un si beau feu les ombres d' alentour.
Que je vivois heureux au milieu de la flame !
Et que j' avois de joye aussi bien que d' amour !
Depuis, ils ont tousjours gardé la mesme place,
admirant vos beautez et mon extréme foy ;
et quoy que vous fassiez, Aminte, ou que je fasse,
je les voy tous en vous, et je les sens en moy.
Eux qui faisoient brusler le ciel, la terre et l' onde
avecque tous leurs feux embrasent mon desir,
et laissent en repos tout le reste du monde,
pour me faire la guerre avec plus de loisir.
Tandis qu' ils vont doublant mes peines rigoureuses,
tous les autres captifs ont du soulagement,
et l' air n' est plus troublé de plaintes amoureuses,
de pleurs, ni de regrets, que par moy seulement.
Echo ne languit plus d' une flame inutile,
Dafné ne brusle plus le bel astre du jour,
et si le cours d' Alphée est encore en Sicile,
ce n' est que par coustume, et non pas par amour.
Diane aux yeux de Pan n' a plus rien d' estimable,
Neptune n' ayme plus les nymphes de la mer ;
et comme en l' univers vous estes seule aymable,
je suis le seul aussi qui sçache bien aymer.


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Stances sur sa maistresse rencontree en habit de
garçon, un soir du carnaval.
Je sens au profond de mon ame,
brusler une nouvelle flame,
et laissant les autres amours,
qui tenoient mon ame en altere,
j' ayme un garçon depuis trois jours,
plus beau que celuy de Cythere.
Si le but de cette pensée,
a ma conscience offensée,
j' en ay desja le chastiment ;
car le feu qui brusla Gomore,
ne fut jamais si vehement,
que celuy-là qui me devore.
Mais je ne croy pas que l' on blasme
l' amoureuse ardeur dont m' enflame
le bel oeil de ce jouvenceau,
ni qu' aymer d' un amour extréme
ce que nature a fait de beau,
soit un peché contre elle-mesme.
Un soir que j' attendois la belle,
qui depuis deux ans m' ensorcelle,
je vis comme tombé des cieux,
ce narcisse objet de ma flame,
et dés qu' il fut devant mes yeux,
je le sentis dedans mon ame.
Sa face riante et naïve,
jettoit une flame si vive,
et tant de rayons alentour,
qu' à l' esclat de cette lumiere
je doutay que ce fust l' amour,
avecque les yeux de sa mere.
Mille fleurs fraichement écloses,
les lys, les oeillets et les roses
couvroient la neige de son teint ;
mais dessous ces fleurs entassées,
le serpent dont je fus atteint,
avoit ses embuches dressées.
Sur un front blanc comme l' yvoire,
deux petits arcs de couleur noire,
estoient mignardement voutez,
d' où ce dieu qui me fait la guerre,
foulant aux pieds nos libertez,
triomphoit de toute la terre.
Ses yeux, le paradis des ames,
pleins de ris, d' attraits, et de flames,
faisoient de la nuit un beau jour :
astres de divines puissances,
de qui l' empire de l' amour
prend ses meilleures influences.
Sur tout, il avoit une grace,
un je ne sçay quoy qui surpasse
de l' amour les plus doux appas,
un ris qui ne se peut descrire,
un air que les autres n' ont pas,
que l' on voit, et qu' on ne peut dire.
Parmy tant d' ennemis renduë,
ma liberté mal defenduë,
fut sous le joug d' un estranger ;
mon coeur se rendit à sa suite,
et dans le fort de ce danger
ma raison se mit à la fuite.
Sans le connoistre davantage,
ma volonté luy fit hommage
de tout ce qu' elle avoit en main ;
mais du meschant l' ame inconstante,
me trompa dés le lendemain,
et me frustra de mon attente.
Plein de depit et de colere,
soudain je m' en devois défaire,
apprenant par cette leçon,
qu' il n' avoit point d' arrest en l' ame,
et que sous l' habit d' un garçon,
il portoit le coeur d' une femme.
Toutefois, malgré cette injure,
j' en pris un plus heureux augure,
et je n' eusse pû croire alors,
que le ciel, dont il fut l' ouvrage,
sous le voile d' un si beau corps,
eust mis un si mauvais courage.
Mais sa malice découverte,
s' est reconnuë avec ma perte ;
car depuis on ne l' a pû voir,
le perfide a gagné la fuite,
tenant mon coeur en son pouvoir,
avec ma liberté seduite.
Gagné d' une sorciere flame,
j' avois mis les clefs de mon ame
en la garde de ce voleur :
mais d' une malice funeste,
m' en ayant ravy le meilleur,
il mit le feu dedans le reste.
Mais je l' ayme, et quoy qu' il me face,
je voudrois revoir cette face,
ce chef-d' oeuvre tant estimé,
où le ciel tout son mieux assemble ;
et depuis j' ay tousjours aymé
une fille qui luy ressemble.
Avec les traits de son visage,
elle a sa taille et son corsage,
sa voix, son port, et sa façon,
son doux ris ; son adresse extréme ;
enfin, sous l' habit d' un garçon,
je l' aurois prise pour luy-mesme.
Ses yeux sçavent les mesmes charmes,
elle use de pareilles armes,
avec tous les mesmes attraits,
et croy, tant elle luy ressemble,
qu' elle luy touche de bien prés,
et qu' ils sont alliez ensemble.
Elle connoist bien, la meschante,
la cause du mal que m' enchante,
et qui me retient en langueur :
et, sans doute, elle pourroit dire
quelque nouvelle de mon coeur,
et de celuy qui le retire.
Car, sans en voir d' autre apparence,
je jurerois en asseurance,
à voir son visage assassin,
et son oeillade cauteleuse,
qu' elle a sa part à ce larcin
et qu' elle en est la receleuse.
Amour, petit dieu qui disposes
du reglement de toutes choses,
et qui fais entendre tes loix
par toute la machine ronde,
fais-moy justice à cette fois,
toy qui fais droit à tout le monde.
Fais-moy raison de l' inhumaine,
qui retient mon coeur à la gehesne,
sans esperance d' avoir mieux ;
mais, sur tout, ne voy pas la belle,
car si tu regardes ses yeux,
je sçay que tu seras pour elle.
La mauvaise me tient ravie
mon ame, mon coeur, et ma vie,
car chez elle se vient sauver
le voleur de cette dépoüille ;
mais j' espere tout retrouver,
si tu permets que je la foüille.



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Pour Minerve en un balet.
Vous qui chassiez de vostre cour
toutes les mollesses d' amour,
et les feux dont il se conserve,
d' où vous sont ces attraits venus ?
Et depuis quand, belle Minerve,
avez-vous les yeux de Venus ?
Les Graces qui suivent tousjours
la douce mere des amours,
vont à vous comme à la plus belle ;
mesme ce dieu qui sçait voler,
s' il vous voyoit mise auprés d' elle,
ne sçauroit à laquelle aller.
Si vous eussiez eu ces appas,
lors que vous vinstes icy bas,
vous faire voir aux yeux d' un homme ;
sans quitter le sejour des cieux,
vous eussiez remporté la pomme,
au jugement de tous les dieux.
Vos charmes ont plus de pouvoir,
que ceux que nous venons de voir
dans l' enchantement d' une couppe :
ils sont bien plus forts et plus doux,
et je ne sçache en cette trouppe,
d' autre enchanteresse que vous.
Cette Circé, dont les demons
applaudissent l' orgueil des monts,
qui remplit la terre d' alarmes,
et renverse l' ordre des cieux,
a dans ses livres moins de charmes,
que vous n' en avez dans vos yeux.
Elle peut le monde troubler,
elle fait les astres trembler,
et bride le cours de la lune :
mais vous, d' un pouvoir sans pareil,
dans le milieu de la nuit brune,
vous nous faites voir un soleil.
Mille rayons ensorcelez,
sortent de vos yeux estoillez,
qui percent sans faire ouverture :
et redoutée en toutes pars,
vous faites bransler la nature,
par le moyen de vos regars.
Aussi faudra-t' il desormais
qu' elle vous cede pour jamais ;
car plus docte magicienne,
vous meritez le maniment
d' une autre verge que la sienne,
et qui charme plus puissamment.



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Stances.


Je me meurs tous les jours en adorant Sylvie,
mais dans les maux dont je me sens perir,
je suis si content de mourir,
que ce plaisir me redonne la vie.
Quand je songe aux beautez, par qui je suis la proye
de tant d' ennuis qui me vont tourmentant,
ma tristesse me rend contant,
et fait en moy les effets de la joye.
Les plus beaux yeux du monde ont jetté dans mon ame,
le feu divin qui me rend bien-heureux,
que je vive ou meure pour eux,
j' ayme à brusler d' une si belle flame.
Que si dans cét estat quelque doute m' agite,
c' est de penser que dans tous mes tourmens,
j' ay de si grands contentemens,
que cela seul m' en oste le merite.
Ceux qui font en aymant des pleintes éternelles,
ne doivent pas estre bien amoureux,
amour rend tous les siens heureux,
et dans les maux couronne ses fidelles.
Tandis qu' un feu secret me brusle et me devore,
j' ay des plaisirs à qui rien n' est égal,
et je vois au fort de mon mal,
les cieux ouverts dans les yeux que j' adore.
Une divinité de mille attraits pourveuë,
depuis long-temps tient mon coeur en ses fers ;
mais tous les maux que j' ay souffers,
n' esgalent point le bien de l' avoir veuë.



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Stances.


La terre brillante de fleurs,
fait éclater mille couleurs,
d' aujourd' huy seulement connuës ;
l' astre du jour, en soûriant,
jette sur la face des nuës,
l' or et l' azur dont il peint l' orient.
Le ciel est couvert de saphirs,
les doux et gracieux zephirs
souspirent mieux que de coustume ;
l' aurore a le teint plus vermeil,
et semble que le jour s' allume
d' un plus beau feu que celuy du soleil.
Les oyseaux aux charmantes voix,
mieux que jamais dedans ces bois,
se font une amoureuse guerre ;
sans doute la troupe des dieux,
a quitté le ciel pour la terre,
ou la divine Oronte est en ces lieux.
Oronte, dont les yeux vainqueurs,
ont assujetti mille coeurs,
dont elle refuse l' hommage ;
qui naissant a receu des cieux
toutes les graces en partage ;
et les faveurs des hommes et des dieux.
Par la force de ses attraits,
ces vieux troncs, ces noires forets,
ressentent l' amoureuse flame ;
tout cede à des charmes si chers,
et ses yeux qui nous ostent l' ame,
d' un seul regard la donnent aux rochers.
Ainsi sortant de Fontenay,
dedans le chemin de Gournay,
faisant des vers à l' aventure,
suivant l' humeur qui l' emportoit,
l' insensible et le froid Voiture,
parloit d' amour comme s' il en sentoit.
Les nymphes des eaux et des bois,
escoutant sa dolente voix,
ne purent s' empescher de rire :
mais un Faune qui l' entendit,
aux dryades se prit à dire,
possible est-il plus vray qu' il ne le dit.



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Stances.



Belle deesse que j' adore,
ne pleurez pas si longuement ;
si les perles se font des larmes de l' aurore,
vous perdrez un tresor bien inutilement.
Ces larmes me rendroient trop heureux et trop riche,
si vous les respandiez pour moy ;
vous perdrez pour une babiche,
des pleurs qui suffiroient pour racheter un roy.
Celle qui vous ressemble, horsmis qu' elle est moins
belle,
et qui dedans le ciel s' appelle
du nom qui vous convient si bien,
jette quelques souspirs de sa divine bouche :
et pleure les matins en sortant de sa couche,
mais c' est pour un amant, et non pas pour un chien.
Si vous voulez pleurer comme elle,
il faut devenir moins cruelle,
employer mieux vostre amitié :
et pleurer sur tant que nous sommes ;
mais d' une bizarre pitié
ne pleurez pas les chiens, vous qui tuez les hommes !



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Stances à la louange du soulier d' une dame.



Moy qui fus pris ce caresme,
et qui me vis au pouvoir
d' un beau soulier jaune et noir
que j' aymois plus que moy-mesme,
je suis maintenant en feu,
pour un soulier noir et bleu.
Comme un criminel qu' on mene
où son destin l' a reduit,
à la Bastille est conduit,
sortant du bois de Vincenne ;
ainsi mon coeur prisonnier
va de soulier en soulier.
Le pied qui cause ma peine,
et qui me tient sous sa loy,
ce n' est pas un pied de roy ;
mais plustost un pied de reyne ;
car je voy dans l' avenir,
qu' il le pourra devenir.
Sur ce beau pied la nature
admirable en ses effects,
a sceu bastir un palais
de divine architecture ;
où se trouvent tous les dieux
mieux logez que dans les cieux.
C' est un grand temple d' yvoire,
plein de grace et de beauté,
en quelques lieux marqueté
d' une ebene douce et noire,
qui sert en ce lieu si beau,
comme d' ombre en un tableau.
Deux flambeaux incomparables,
plus brillans que le soleil,
par un éclat sans pareil,
et des rayons favorables,
rendent les lieux d' alentour
pleins de lumiere et d' amour.
La nef de cét edifice
est pleine d' un jour tres-pur ;
mais le coeur en est obscur,
et fait par tel artifice,
que les yeux les plus perçans
ne penetrent point dedans.
Tout ce que la terre et l' onde
produisent de precieux ;
tout ce qu' on voit dans les cieux,
et qui paroist dans le monde,
est fait imparfaitement,
au prix de ce bastiment.
Mais un personnage antique,
parent de Nostradamus,
m' a dit en termes confus ;
que ce temple magnifique,
pour estre plus exaucé,
sera bien-tost renversé.



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Stances à une demoiselle qui avoit les manches de sa
chemise retroussées et sales.
Vous qui tenez incessamment
cent amans dedans vostre manche,
tenez-les au moins proprement,
et faites qu' elle soit plus blanche.
Vous pouvez avecque raison,
usant des droits de la victoire,
mettre vos galans en prison ;
mais qu' elle ne soit pas si noire.
Mon coeur qui vous est si devot,
et que vous reduisez en cendre,
vous le tenez dans un cachot,
comme un prisonnier qu' on va pendre.
Est-ce que brulant nuit et jour,
je remplis ce lieu de fumée,
et que le feu de mon amour
en a fait une cheminée ?



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Stances sur une dame, dont la juppe fut retroussée en
versant dans un carrosse, à la campagne.
Philis, je suis dessous vos loix,
et sans remede à cette fois
mon ame est vostre prisonniere :
mais sans justice et sans raison,
vous m' avez pris par le derriere,
n' est-ce pas une trahison ?
Je m' estois gardé de vos yeux ;
et ce visage gracieux,
qui peut faire pallir le nostre,
contre moy n' ayant point d' appas,
vous m' en avez fait voir un autre,
dequoy je ne me gardois pas.
D' abord il se fit mon vainqueur ;
ses attraits percerent mon coeur,
ma liberté se vit ravie ;
et le méchant, en cét estat,
s' estoit caché toute sa vie,
pour faire cét assassinat.
Il est vray que je fus surpris,
le feu passa dans mes esprits :
et mon coeur autresfois superbe,
humble se rendit à l' amour,
quand il vit vostre cu sur l' herbe
faire honte aux rayons du jour.
Le soleil confus dans les cieux,
en le voyant si radieux,
pensa retourner en arriere,
son feu ne servant plus de rien ;
mais ayant veu vostre derriere,
il n' osa plus montrer le sien.
En découvrant tant de beautez,
les Sylvains furent enchantez,
et Zephyre voyant encore
d' autres appas que vous avez ;
mesme en la presence de Flore,
vous baisa ce que vous sçavez.
La rose la reyne des fleurs,
perdit ses plus vives couleurs,
de crainte l' oeillet devint blesme :
et narcisse alors convaincu,
oublia l' amour de soy-mesme,
pour se mirer en vostre cu.
Aussi rien n' est si precieux,
et la clarté de vos beaux yeux,
vostre teint qui jamais ne change ;
et le reste de vos appas,
ne meritent point de loüange
qu' alors qu' il ne se montre pas.
On m' a dit qu' il a des defaux
qui me causeront mille maux ;
car il est farouche à merveilles :
il est dur comme un diamant,
il est sans yeux et sans oreilles,
et ne parle que rarement.
Mais je l' ayme, et veux que mes vers
par tous les coins de l' univers
en fassent vivre la memoire ;
et ne veux penser desormais
qu' à chanter dignement la gloire
du plus beau cu qui fut jamais.
Philis, cachez bien ses appas,
les mortels ne dureroient pas,
si ces beautez estoient sans voiles ;
les dieux qui regnent dessus nous,
assis là-haut sur les estoilles,
ont un moins beau siege que vous.



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Fragment.
La plus adorable personne
qui se trouve dans l' univers ;
et pour qui le fils de Latone
ne feroit pas d' assez beaux vers !
Aminte la gloire du monde,
l' amour de la terre et de l' onde,
de cét agreable sejour
occupe la place premiere,
et le remplit d' une lumiere
plus belle que celle du jour.
Les amours sont à ses costez,
sages, retenus, et modestes,
avecque les desirs celestes
qui mesprisent les voluptez ;
devant cette beauté severe,
que le vice mesme revere,
ils n' oseroient paroistre nus ;
et n' ayant plus rien de profane,
ils la craignent comme Diane,
et la servent comme Venus.


WebMaistre : Catelin Michel


lyres@chez.com

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